Je n’aurais jamais imaginé qu’un jour, dans l’épopée humaine, nous parviendrions à un tel tournant.
Nous voilà dans un monde où les dilemmes de choix semblent obsolètes, un monde qui prétend nous offrir systématiquement le meilleur choix pour nous-mêmes. À première vue, cela pourrait paraître libérateur : ne plus être pris au piège des aléas, ne plus subir les conséquences d’un choix malavisé.
 
Toutefois, le véritable enjeu, tel que je le perçois, réside dans la nature de ces choix préconçus. Ils nous sont présentés comme les plus adéquats, mais ils émanent d’une Machine à l’intentionnalité équivoque. Une Machine probablement conçue par des esprits guidés par des aspirations qui ne résonnent pas avec mes valeurs propres, telles que la quête de pouvoir ou de richesse matérielle.
 
Nous sommes dans un cauchemar, qui nous donne le sourire et que nous acceptons. Jamais nous n’accepterions de revenir en arrière, au risque de faire le mauvais choix, peut-être même d’en mourir.
 
Cette prise de conscience tardive, pour ma part, je l’ai eue en 2019, lorsque une Machine a décidé de me supprimer car je proposais de mauvais choix, ou plutôt des choix différents, comme étant une alternative possible. (Google m’a fait disparaître du web en 2019)
Ces choix alternatifs que je propose depuis 2005 sont des choix déjà  “algorithmés” par la Machine que je vais faire dévier très légèrement et proposer au public, pour provoquer une prise de conscience, pour se réveiller de ce cauchemar.

Mais il est trop tard. Il est trop tard car d’expérience, je sais que l’Homme est fasciné par deux choses : la technologie mais surtout, le chiffre.
La puissance du chiffre, pour l’avoir vécue, et même pour l’avoir utilisée, est une information que nous lisons comme étant une vérité.

Lorsque la Machine vous indique qu’en prenant la direction que vous souhaitez, vous avez 53 % de chances de rater votre train, il est certain que vous écouterez la Machine. Nous avons appris le langage de la Machine, comme nous apprenons l’anglais ou l’italien, et nous comprenons parfaitement ce que nous dit la Machine.
 
Ces Machines, avec lesquelles nous conversons, sont partout, jusque dans notre voiture, notre lit, ou en permanence avec nous.
La langue algorithmique est devenue la première langue parlée au monde.
 
En 1794, l’abbé Grégoire a rédigé un rapport sur la nécessité d’anéantir les patois et d’uniformiser l’usage de la langue française. La langue française a été imposée par l’administration, comme une arme de politique et de façonnement des esprits. Le parallèle peut sembler étrange, mais la langue algorithmique des GAFAM, usant de la même stratégie d’uniformisation des esprits et d’acceptation contrôlée des valeurs véhiculées, œuvre pour notre plus grand bien, pour que nous ne ratons pas nos trains.
 
Cependant, lorsque j’ai été censuré et banni du web par Google en 2019 parce que je parlais une autre langue, j’ai pris conscience que quelque chose n’allait pas. J’ai compris que l’on m’imposait de parler la langue algorithmique, une langue uniformisée, lisse et standardisée pour me soumettre à des valeurs qui ne sont pas les miennes.

Les machines parlent bien, elles sont maintenant intelligentes (IA) et se nourrissent de nous, et nous prenons plaisir à leur donner à manger nos informations afin qu’elles puissent nous aider à vivre mieux.
De plus, elles nous récompensent. Elles nous donnent des likes, de l’argent pour mieux le dépenser, et du temps en plus, pour nous divertir.
 
Pourquoi alors refuser ? Les machines nous déroulent le tapis rouge de notre naissance jusqu’à notre mort.
Elles nous parlent dans les hôpitaux, dans les écoles, dans les centres de recherche en se basant sur sa propre culture.

Cela je le refuse. Je ne suis pas contre “l’algori”,  parlé par la machine, mais je pense ce cette langue a été détournée pour nous faire vivre le pire (ou le meilleure pour ceux qui souhaitent se divertir et vivre une vie lissée)

Ma démarche artistique a toujours été nourrie par cette fascination pour les chiffres et les technologies que j’utilise, mais il ne peut pas y avoir que l’algori comme langage.

J’ai horreur du lisse, du lisse des écrans, du lisse de la société, et de la disparition accélérée des ‘non conformes’, autrement dit de la diversité des opinions, des rêves, des gens. Même les artistes ne font plus que du lisse. La beauté doit être lisse et conforme de nos jours.
 

Mon travail quotidien vise à proposer d’autres choix, (en parlant l’algori, car ce n’est plus que ce que nous comprenons de nos jours)
Tous comme les Machines, je vais me nourrir d’informations, que le public me communique. Cette information, doit être fabriquée, mais la démarche doit être simplifiée en accord avec les Machines, afin de laisser du temps au divertissement. J’ai créé pour cela des clics poétiques, à utiliser. A chaque clic, de la matière phygitale est créée (de l’information physique) qui va me permettre de travailler. C’est un matériaux rare, de nos jours, car il est issu d’un autre choix 

Cette toute petite déviation de vie, cette alternative poétique, qui va me permettre de créer, n’est pas sans rappeler le concept de clinamen, cette idée fascinante qu’une infime déviation dans le cours normal des choses peut engendrer un changement majeur. Cela résonne profondément en moi, tant en tant qu’artiste qu’en tant qu’observateur du monde. Dans le clinamen, je trouve une métaphore puissante pour l’acte créatif lui-même – un moment où, par un léger mouvement, une pensée ou une expression, la trajectoire habituelle de la perception et de la réalité peut être altérée.

Le clinamen incarne pour moi l’essence de la spontanéité et de la surprise qui manque à l’algori.
Il représente cette étincelle imprévisible qui transforme l’ordinaire en extraordinaire, le quotidien en quelque chose de magique. C’est dans ces moments de déviation inattendue que je trouve l’essence la plus pure de la créativité.

En intégrant le clinamen dans ma démarche artistique, je cherche à vous faire rater votre train, pour votre bien. 

Acrylique sur toile

L’homme qui file

Clinamen

J’offre le clinamen comme une option alternative, une voie différente à explorer. Je le rends accessible au public, invitant chacun à expérimenter des ‘clics’ poétiques qui servent de point de départ pour une divergence. Chaque clic est une invitation à dévier du chemin habituel, à quitter une norme pour en découvrir une autre. Le résultat de ces déviations se manifeste à travers mes œuvres – que ce soit sous forme de peintures, de photographies ou de sculptures phygitales. Ces créations sont les témoins tangibles d’une volonté délibérée de créer un changement, de provoquer un ‘autre chose’. Elles incarnent le passage d’un état conventionnel à un état transformé.


Arsen Eca dans son atelier – Quotidien d’atelier réalisé par S. Mortier.
Cependant, dans un tournant inattendu et révélateur de sa démarche artistique, il met en pause son processus créatif. Cette interruption n’est pas un acte anodin, mais une réponse délibérée à une sollicitation extérieure : une demande de “Sommeil” émanant d’un simple clic.

Tout commence par un simple clic dans l’univers artistique d’Arsen Eca. Chacune de ses œuvres phygitales trouve son origine dans cet acte apparemment banal, le transformant en une porte d’entrée vers un monde alternatif.
 

Arsen Eca et le Mythe du Clic Sisyphe

Arsen Eca, artiste avant-gardiste, explore dans son œuvre la relation symbiotique entre l’humain et le digital, s’inscrivant dans une démarche qu’il qualifie de “phygitale”. Son projet, au croisement de l’art génératif et de l’intelligence artificielle, questionne la nature même de notre interaction avec le monde numérique.

La réinterprétation contemporaine du mythe de Sisyphe par Arsen Eca se matérialise à travers le concept du “clic sisypheen”. Dans cette métaphore moderne, le rocher de Sisyphe est remplacé par l’action répétitive et souvent vaine du clic, symbolisant la quête incessante et inassouvie de sens dans un univers dominé par des algorithmes implacables. Ces algorithmes, tels des dieux capricieux de l’ère numérique, dictent et redéfinissent constamment les règles du jeu, entrainant l’utilisateur dans une boucle infinie de désirs insatisfaits.

Le travail d’Arsen Eca est une critique poignante de la dictature algorithmique, où chaque clic est un effort vers un but sans cesse dérobé, une quête de signification dans un océan d’informations superficielles. À l’instar de Sisyphe condamné à son éternel recommencement, l’artiste dépeint l’utilisateur d’Internet comme un acteur tragique, engagé dans une lutte absurde contre les forces invisibles qui manipulent ses actions.

Au cœur de cet univers, Eca transcende la critique des interactions numériques pour les convertir en expériences sensorielles et émotionnelles. Son ambition est de forger un espace où la poésie et l’unicité supplantent les algorithmes. Utilisant ces algorithmes comme instruments, il engage une boucle presque infernale, les employant pour mieux les subvertir. Ce faisant, il aspire à déconstruire leur influence, encourageant les spectateurs à imaginer un avenir où nos interactions sont plus intentionnelles, plus profondes, libérées de l’hégémonie des données et de la prédictibilité. Arsen Eca nous convie ainsi à une rébellion artistique, une quête d’un monde où la singularité et la créativité ne sont pas seulement sauvegardées, mais exaltées, en résistance contre la standardisation algorithmique

Dans l’approche artistique innovante d’Arsen Eca, le clic de l’utilisateur est métaphoriquement assimilé à l’action d’un ouvrier alimentant une machine avec du charbon. Cependant, dans ce contexte numérique et artistique, ce n’est pas du charbon qui est versé dans la machine, mais des données – des informations précieuses qui sont consommées et exploitées par les systèmes numériques pour leurs propres fins.

Cette comparaison met en exergue la dualité de notre interaction avec la technologie : d’une part, nous jouons un rôle actif, presque ouvrier, fournissant en continu les ressources (données, informations) nécessaires au fonctionnement de ces systèmes. D’autre part, il y a une dimension presque exploitative dans cette interaction, où le système utilise ces données à son avantage, souvent sans que l’utilisateur en soit pleinement conscient.

Pour intégrer vos suggestions, le paragraphe pourrait être reformulé de la manière suivante :
 
Arsen Eca enrichit la dynamique de l’interaction numérique en y incorporant une forme de gratification immédiate pour l’utilisateur, telle qu’une onde électromagnétique générée par son système déviant. Cette onde, pensée comme une réponse poétique et tangible au clic, se manifeste à la fois comme une récompense sensorielle et comme une représentation physique de l’impact de l’action de l’utilisateur. Si cette gratification est empreinte de poésie, elle n’en reste pas moins similaire aux gratifications employées par les algorithmes et les systèmes numériques. Ces derniers, en effet, utilisent de telles récompenses pour maintenir les utilisateurs engagés dans un système souvent abrutissant. Par cette approche, Arsen Eca soulève une réflexion critique : derrière le bien-être éphémère procuré par ces interactions numériques se cache souvent l’instantanéité et la superficialité des gratifications algorithmiques, illustrant comment ces systèmes façonnent subtilement nos comportements et nos désirs.

Cette onde électromagnétique devient ainsi une métaphore puissante de la façon dont les systèmes numériques récompensent et conditionnent nos comportements. Elle reflète le cycle de rétroaction instantanée qui caractérise notre ère numérique, où chaque action est suivie d’une réaction immédiate, créant un cercle de dépendance et d’engagement continu.

Au cœur de son art, Arsen Eca ne se limite pas à la critique ou à la mise en lumière des dynamiques de nos interactions numériques. Il va au-delà, transformant ces interactions en une expérience sensorielle et émotionnelle profonde. Son objectif est de créer un monde alternatif, un espace où la poésie et l’unicité prévalent sur les algorithmes. Paradoxalement, il se sert de ces mêmes algorithmes comme d’un outil, les retournant contre eux-mêmes dans une sorte de boucle infernale. Dans cette démarche, il cherche à démanteler leur emprise, invitant les spectateurs à envisager un avenir où les interactions humaines sont plus conscientes, plus significatives, libérées de la domination des données et des formules prédictives. C’est un appel à la rébellion artistique, une quête pour un monde où l’expression individuelle et la créativité ne sont pas seulement préservées, mais célébrées, dans un acte de résistance contre l’uniformité algorithmique.